Un sentier qui classe avant de raconter
Sur la carte des GR de France, peu de tronçons concentrent une réputation aussi unanime que le GR20 Nord. Guides de montagne et bureaux des guides corses s'accordent sur un point : la moitié nord de la traversée, de Calenzana à Vizzavona, regroupe l'essentiel des passages les plus engagés du GR20 — dalles inclinées, mains courantes, crêtes exposées au vide des deux côtés. Ce n'est pas un sentier que l'on improvise après quelques week-ends de marche en plaine.
Ce guide ne raconte pas le GR20 dans son ensemble — un autre article du site s'y consacre, sur un mode plus narratif. Il s'adresse à celles et ceux qui préparent concrètement cette section nord : neuf jours, environ 97 à 100 km, un dénivelé cumulé qui dépasse largement celui de la plupart des GR de moyenne montagne sur une distance équivalente. La difficulté ne vient pas tant de la longueur des étapes, souvent courtes sur le papier, que de leur verticalité et de l'engagement qu'elles imposent dès la sortie de chaque refuge.
Neuf étapes, un seul fil rouge
Depuis Calenzana, le sentier grimpe sans transition vers le refuge d'Ortu di u Piobbu : plus de 1500 mètres de dénivelé positif ingérés en une seule matinée, sous un soleil qui frappe tôt sur les dalles claires. Suivent deux jours de crêtes et de câbles jusqu'à Carrozzu, puis la traversée de la passerelle de Spasimata, suspendue au-dessus de son canyon, avant les dalles inclinées qui mènent à Asco Stagnu.
Le point de bascule du parcours se situe au quatrième jour. L'ancien Cirque de la Solitude, aujourd'hui fermé, est contourné par la variante alpine de la Pointe des Éboulis, qui frôle le Monte Cinto à plus de 2600 mètres — sans en atteindre le sommet, qui culmine lui à 2706 mètres, point culminant de la Corse — avant de redescendre vers le décor minéral de Tighjettu. Le reste de l'itinéraire suit la haute vallée du Golo et ses vasques d'eau émeraude, passe par le refuge de Ciottulu di i Mori puis par celui de Manganu.
Contrairement à une idée reçue, l'étape ne s'arrête pas là dans un unique bond final vers Vizzavona : deux jours et deux refuges d'altitude séparent encore le marcheur de la forêt. Depuis Manganu, le sentier grimpe vers le refuge de Petra Piana, posé sur son éperon de granite au pied de la Punta Muratello, puis rejoint le lendemain celui de L'Onda, niché dans un vallon plus végétalisé. C'est seulement au terme d'une neuvième et dernière étape, longue et éprouvante, que le sentier redescend enfin vers les forêts ombragées de Vizzavona.
"Sur le GR20 Nord, la Corse n'aligne pas un sommet mais onze, comme une facture qu'il faut régler crête après crête."
Itinéraire jour par jour
| Jour | Étape | Distance | D+ / D- | Durée estimée | Hébergement |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Calenzana → Ortu di u Piobbu | 10 km | 1600 m / 150 m | 6h30 | Refuge d'Ortu di u Piobbu |
| 2 | Ortu di u Piobbu → Carrozzu | 8 km | 500 m / 950 m | 5h30 | Refuge de Carrozzu |
| 3 | Carrozzu → Asco Stagnu (passerelle de Spasimata) | 11 km | 950 m / 700 m | 6h30 | Gîte d'étape d'Asco Stagnu |
| 4 | Asco Stagnu → Tighjettu (variante Pointe des Éboulis, Monte Cinto) | 15 km | 1450 m / 1150 m | 9h30 | Refuge de Tighjettu |
| 5 | Tighjettu → Ciottulu di i Mori (vallée du Golo) | 13 km | 900 m / 800 m | 7h00 | Refuge de Ciottulu di i Mori |
| 6 | Ciottulu di i Mori → Manganu | 14 km | 750 m / 900 m | 7h30 | Refuge de Manganu |
| 7 | Manganu → Petra Piana | 8,4 km | 820 m / 600 m | 6h30 | Refuge de Petra Piana |
| 8 | Petra Piana → L'Onda | 10 km | 450 m / 855 m | 4h50 | Refuge de L'Onda |
| 9 | L'Onda → Vizzavona | 10,3 km | 675 m / 1200 m | 6h30 | Gîtes et hôtels de Vizzavona |
Ces temps de marche correspondent à une progression sans bagage excessif et par beau temps ; ils peuvent varier sensiblement selon la météo, la forme du groupe et l'état du terrain après un hiver enneigé, en particulier sur la variante d'altitude du jour 4.
Préparer sa traversée : dates, matériel, refuges
La période la plus favorable s'étend de mi-juin à mi-septembre. En dehors de cette fenêtre, la neige peut encore obstruer la variante d'altitude autour du Monte Cinto tard dans la saison, ou la recouvrir dès les premières chutes de septembre. Même en plein été, les orages d'après-midi sont fréquents en Corse et imposent de démarrer tôt chaque étape, puis de surveiller le ciel dès le début d'après-midi.
Côté équipement, viser un sac autour de 10 à 11 kg à vide de nourriture, des chaussures montantes à semelle rigide et forte adhérence, ainsi qu'une capacité d'au moins 3 litres d'eau : les sources se raréfient en altitude, en particulier sur la section entre Asco Stagnu et Tighjettu.
Sur le bivouac : le camping sauvage est interdit sur l'ensemble du territoire corse. Le bivouac reste toléré uniquement à proximité immédiate de certains refuges, sur des emplacements dédiés dont le nombre, l'emplacement exact et les modalités de réservation sont fixés par le Parc Naturel Régional de Corse (PNRC) et peuvent évoluer d'une saison à l'autre. Mieux vaut vérifier ces règles sur le site officiel du PNRC avant de partir plutôt que de se fier à un récit, aussi récent soit-il.
Concernant le passage le plus discuté du parcours : le Cirque de la Solitude reste fermé au moment de la rédaction de ce guide, et la variante alpine qui le contourne, via la Pointe des Éboulis, est elle-même un itinéraire engagé, sensible aux conditions d'enneigement et aux éboulements. Se renseigner sur son état auprès du PNRC ou des gardiens de refuge avant de s'y engager reste indispensable, plutôt que de se fier au seul tracé décrit ici.
Pour le ravitaillement, la plupart des refuges traversés proposent une petite épicerie de dépannage et des repas chauds, ce qui permet d'alléger la charge initiale. Les stocks et horaires d'ouverture varient toutefois selon la fréquentation et la saison : garder une réserve de nourriture pour un jour supplémentaire reste une précaution raisonnable en cas de retard lié à la météo, en particulier sur les étapes d'altitude de la fin du parcours (Petra Piana, L'Onda).